Le jardin se crée
La table est en fleurs, le banc en boutons, les fleurs ont scellé les chaises au sol ; les lianes tentaculaires des volubilis ont tout étouffé ; je suis leur prisonnier. Elles m'assaillent de toute part ; leurs bras verts m'enserrent...
Déjà, les feuilles jaunes pendant lamentablement, lancent un clin d'oeil complice à la terre qui les rappelle. De menus bruits se répondent autour de moi ; la nature mal domestiquée m'ignore : elle est.
Je n'ose songer, de peur de verser la sève ; un geste maladroit pourrait tuer une fleur ou mutiler un insecte.
Une large feuille de myricanthémone me distille un timide rayon de soleil. Je ne bouge pas ; il s'enfuirait. Les dermanlacés multicolores à loisir. Le stermagonium joue à saute-mouton avec les abeilles odorantes.
Nature vagabonde emporte-moi sur tes ailes, dévoile-moi tes secrets ; j'oublierai peut-être tes ennemis ; les hommes.
Mais... les lianes vertes me serrent de plus en plus près, dévorent mes pieds, montent à l'assaut de mes jambes. Lâchez-moi ; mes amies...
Non, leur attaque redouble.
C'est la fin, elles assaillent mon stylo...
Claude Lefort.